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Prologue : Tombe
Dans un monde tournant dans l'espace connu, Parmi le néant et les étoiles luminescentes Où la magie n'existe peut-être pas mais où la contemplation et la soif du pouvoir [sont souveraines Ce n’est ni l’Antiquité, ni même le Moyen Âge, ces époques révolues, Seule l’ère du Scorpion gouverne ces terres de légendes […] Temps durs mais ô combien puissants, mon ange Extrait des Poèmes symphoniques de Céleo Lúmphar
L’orage. Lord Ippéas regardait le paysage des landes infinies, à travers la vitre finement ouvragée du haut de sa tour. La pluie battait le carreau, ruisselante. Il baissa la tête. Le voilà qu’il laissait partir sa fille bien loin, ne sachant pas même où, sans grand espoir de la revoir. Mais que pouvait-il contre la volonté de la Haute Église, qui exigeait que chaque fille nouvellement née ces 16 dernières années et ayant pleuré ses premières larmes de sang suive, de gré ou de force, un enseignement scolastique dans un lieu tenu secret ? C’était tout du moins la version officielle, énoncée de façon enthousiaste par les Théologiens. Mais les filles des Terres de Légendes qui réapparaissaient du mystérieux endroit où elles avaient été conduites refusaient de raconter ce qu’elles avaient vécu. Et les personnes suffisamment intrépides pour tenter de suivre secrètement une sœur, une fiancée ou une fille n’étaient jamais reparues. De toutes façons, soulever
trop de questions délicates, et surtout y chercher des réponses, était risqué.
La scène du départ d'Ysor avait été terrible pour les Ippéas et pour le manoir tout entier.
Flashback :
Lorsque le soleil avait été au plus haut dans le ciel, une dizaine de soldats, en livrée pourpre, s'était présentée au château afin d’emmener sur-le-champ « Ysor, première fille des Ippéas ». Les Ippéas étaient alors dans le parc. L’annonce si brutale de la nouvelle les avaient pris de court. Ils savaient que leur fille devaient partir, mais maintenant... Soudain silence pesant. Ils avaient regardé d’un air interdit le parchemin d’allure officielle, puis Ysor, le visage livide. Lady Ippéas avait étouffé un petit cri derrière sa main en laissant tomber le feuillet. Le temps avait semblé s’arrêter, les feuilles couleur or avaient plané doucement dans un chuchotement du vent.

Ysor s'était débattue et avait criée, mais les soldats qui l’emmenait inéluctablement semblaient sourds et insensibles à ses hurlements de détresse. Elle avait essayé de griffer leur visage. Son père avait tenté tant bien que mal que de la raisonner ; elle lui avait craché à la figure, le maudissant pour laisser faire cette profanation sur ses propres terres. Brusquement, on l’avait assommée, devant tous ses fidèles serviteurs pétrifiés et sous les protestations du vieux châtelain qui criait de ne lui faire aucun mal, et traînée jusqu’à la diligence. Sans un mot, les soldats s'étaient mis en selle et le convoi était parti sur le chemin tortueux par lequel il était venu. Telle était la loi. Il s'était mis à pleuvoir, comme un signe de mauvais présage.
Fin du flashback.
Le cœur de Lord Ippéas ressentit un grand vide. Sa seule fille venait de lui être ravi. Ses célèbres colères, ses éclats de rire, ses remarques cinglantes n’hanteraient jamais plus les couloirs du manoir ancestral. Il avait un fils, mais lui aussi était parti, engagé dans les armées de la République impériale.
« Dieu, quelle tristesse pour un cœur déjà bien vieux... » pensa le vieil homme en fermant les yeux.
Les jours suivants, une maladie lui rongeant la poitrine le cloua dans son lit. Il mourut quelques temps après, emporté dans une quinte de toux qui lui perfora les poumons. Son épouse, comme le voulait la tradition, se suicida, et le manoir devint vestige, abandonné de ses serviteurs.
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